Énergie centralisée ou décentralisée? Actions critiques @strategie_gouv

La transition énergétique, la baisse du coût des énergies renouvelables et l’appétence pour une maîtrise locale de la production d’énergie conduisent aujourd’hui à envisager une modification profonde de notre système électrique.

France Stratégie a diffusé hier une étude sur l’option entre centralisation et décentralisation de l’énergie. Les principales conclusions de cette étude sont les suivantes:

Contexte

Le contexte français est en évolution forte et rapide:

  • le modèle centralisé, issu de la reconstruction d’après guerre, a permis une desserte des territoires, y compris ultra-marins, dans le cadre d’une péréquation tarifaire
  • la baisse des coûts de production des énergies renouvelables (EnR) depuis 10 ans, combinée avec la demande de consommation locale, conduit au développement de smart grids permettant une gestion fine de l’offre et de la demande locales
  • les progrès à venir du stockage électrique ne feront qu’accroître ce phénomène
  • l’autoconsommation émerge rapidement (cf. articles La Minute Verte sur le sujet)
  • L’Allemagne s’est déjà engagée dans ce nouveau modèle (« Energiewende »).

Scénarios d’évolution

France Stratégie identifie 3 scénarios possibles en réponse à ce nouveau contexte socio-économique:

  1. maintien du système centralisé :
    • maintien nécessaire du nucléaire jusqu’à une phase (non datée) d’autosuffisance par les seules EnR
    • suppose un renforcement des réseaux de transport pour y intégrer les EnR et un recours à une optimisation de la gestion en raison du caractère souvent intermittent de la production d’EnR (pics de production)
    • justifié par le principe d’égalité de desserte des territoires et de péréquation tarifaire
  2. évolution vers un système totalement décentralisé:
    • généralisation de la maîtrise locale des choix énergétiques
    • fermeture de la plupart des installations centralisées
    • nouvelles solidarités à trouver entre les territoires
    • réseau national réduit au rôle de lien entre les boucles locales (plaque d’interconnexion)
    • pilotage locale des pics de demande et de l’équilibrage offre-demande
    • stockage inter saisonnier indispensable pour permettre à ce scénario de se développer (pics en hiver excédant les capacités de production en hiver)
  3. évolution vers un système mixte:

    • coexistence du réseau centralisé et de boucles locales
    • arbitrage permanent des consommateurs entre consommation locale ou sur le réseau public
    • utilisation du réseau public comme réseau de complément / de secours pour les boucles locales
    • répartition des investissements entre le national et le local
    • sur dimensionnement et doublons inévitables voire disproportionnés (?) des équipements
    • refonte des modalités de tarification en vue de maintenir la péréquation entre consommateurs.

En conclusion, les auteurs de l’étude estiment que « le monde nouveau qui se dessine en matière énergétique dépendra à la fois de ce que la technologie permettra de faire avec une rentabilité économique suffisante, de la capacité de financement des différents acteurs, de leur propension à payer et de l’acceptabilité sociale des solutions mises en place. Les technologies numériques seront vraisemblablement celles qui atteindront les premières la maturité suffisante pour pénétrer le secteur électrique, en introduisant de nouvelles façons de réguler les besoins et la production à un niveau fin. Dans ce paysage en pleine évolution, le risque à éviter est de voir le contribuable financer via des subventions ou des investissements publics l’équipement d’une entité locale qui se transformerait en producteur d’électricité non compétitif, tout en faisant supporter les coûts du maintien de la sécurité d’approvisionnement au reste de la collectivité« .

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 Voir également les articles de la Minute Verte sur autoconsommation électrique :  ICI.